La mort de Pierre Bérégovoy le 1er mai 1993

Publié le 27 Octobre 2008


     Pierre Bérégovoy est retrouvé gravement blessé en fin d'après-midi le 1er mai 1993 le long du canal de la Jonction à Nevers, victime d'un traumatisme crânien causé par un tir de revolver. Les pompiers de Nevers, prévenus par téléphone à 18h18, arrivent sur place vers 18h22.

Transporté à l'hôpital de Nevers, il décède dans l'hélicoptère (encore stationné sur le tarmac de l'hôpital, ce qui explique qu'il n'ait décollé que 45 minutes plus tard) chargé de le rapatrier sur l'hôpital du Val-de-Grâce.

L'enquête de police a conclu de manière formelle au suicide de Pierre Bérégovoy au moyen de l'arme de service de son officier de sécurité.

nouvelobs.com, dans son édition du 1er Mai 2008, indique que :

« Ses proches le décrivaient comme dépressif depuis la défaite de la gauche aux élections législatives du mois de mars (bien que confortablement réélu député de la Nièvre) et la polémique à propos du prêt Pelat ».

Le Monde indique dans son édition datée du 4 mai :

« Pour toute décision importante, Pierre Bérégovoy réfléchissait longtemps avant de prendre une option et, une fois son choix arrêté, il s'y tenait et allait jusqu'au bout. Tel semble aussi avoir été le cas pour sa décision de mettre fin à ses jours. C'est la conclusion unanime à laquelle sont arrivés, dimanche, les proches collaborateurs de l'ancien premier ministre, qui l'ont accompagné pendant dix ans à la municipalité de Nevers. »

François Mitterrand affirma lors de ses obsèques qu'on avait « livré aux chiens » l'honneur et finalement la vie de Pierre Bérégovoy. Michel Charasse est allé dans le même sens : « Je serais juge ou journaliste, je ne dormirais pas bien ce soir. [...] Il a été accablé par une injustice personnelle insupportable. Depuis deux mois, il suivait un chemin de croix épouvantable. » (Le Monde, 4 mai 1993).

Pierre Bérégovoy reçoit après sa mort des hommages à gauche (ainsi, Laurent Fabius dans une tribune au Monde du 4 mai ; Jacques Delors, Charles Fiterman, Bernard Kouchner, Jack Lang, Pierre Mauroy, Ségolène Royal, lors de déclarations publiques), mais aussi dans une partie de la droite. En particulier, Raymond Barre, sur France 2, le 2 mai, salue « un homme courageux et responsable ». Courageux « parce que, compte tenu de son équation personnelle, il a été amené à prendre des décisions qui devaient nécessairement susciter des réactions chez ceux dont il était le plus proche ». Responsable parce qu'« il mesurait la nécessité, sur le plan national et international, de prendre des mesures douloureuses et rigoureuses ». Dominique Baudis, Alain Juppé, Alain Lamassoure, Nicolas Sarkozy et Philippe Séguin lui ont également rendu hommage (Le Monde, 4 mai 1993).

Cependant, les circonstances politiques et factuelles de la disparition de l'ancien Premier ministre aiguisent l'intérêt et l'imagination.

En 1999, prenant appui sur ce cas et celui de Robert Boulin, Hamedi Karine publiera sa thèse de science politique montrant que d'une façon générale le suicide d'un homme politique arrange tout le monde. En 2002, bien que la hiérarchie des Renseignements généraux déclare officiellement ne pas la tenir pour crédible, le quotidien Le Parisien fait état d'une note interne de ce service concluant à l'assassinat. L'argument le plus probant est le calibre de la balle tueuse, différent de celui de l'arme de service supposément utilisée par Pierre Bérégovoy. Successivement, en 2003, puis en 2008, deux journalistes, Dominique Labarrière et Éric Raynaud, après enquêtes, signent chacun un livre dans lequel ils font part de leur conviction qu'il a en fait été assassiné car il menaçait de révéler des informations explosives. Cependant, un documentaire présenté par Laurent Delahousse et diffusé sur France 2 en avril 2008 a semble-t-il fait litière de cette hypothèse en levant les principales zones d'ombre sur lesquelles elle se fondait. Le documentaire apporte une explication aux deux coups de feu entendus par certains témoins : le premier coup de feu aurait été un coup d'essai tiré par Pierre Bérégovoy, de manière à s'assurer du fonctionnement de l'arme dont il n'avait pas l'habitude ; il révèle également que Didier Boulaud (directeur de cabinet de Pierre Bérégovoy à l'époque) a subtilisé l'agenda-répertoire Hermès de l'ancien premier ministre du fait qu'il contenait des informations personnelles qu'il aurait été fâcheux de montrer à sa femme. Il accrédite finalement le fait qu'une autopsie et une analyse balistique comparative ont bien été pratiquées contrairement à certaines affirmations. Dans la même optique, le journaliste du Monde, Jacques Follorou, rapporte dans son livre, publié également en avril, les confidences de l'ancien gendre de Pierre Bérégovoy, l'avocat Vincent Sol, concernant deux lettres que Pierre Bérégovoy lui aurait remis en main propre quelques semaines avant sa mort, dont celle, qui lui était destiné, lui demandait de s'occuper de la famille après sa mort. Enfin, l'enquête de Benoît Collombat, diffusée en mai sur France Inter, a apporté les précisions de témoins qui n'avaient pas encore parlé. Le responsable des pompiers de Nevers, le lieutenant-colonel Daniel Saksik, et le docteur Alain Chantegret, responsable du SAMU de la Nièvre, premiers sur les lieux, confirment le suicide.

Pourtant, un documentaire réalisé par Francis Gillery et diffusé sur France 3 simultanément en mai 2008 présente certains éléments perturbants qui laissent persister le doute : rétractation ou refus de parler de certains témoins, déclarations invraisemblables du garde du corps et du chauffeur, impossibilité d'accès aux scanners effectués à l'hôpital, impossibilité d'accès à l'autopsie, police scientifique et technique écartée, aveux de gendarmes reconnaissant que l'enquête était de pure forme, cliché photographique semblant démentir la balistique officielle, apparition d'un témoin de la scène en 2007 relatant la présence sur les lieux de 2 personnes manifestement militaires bloquant l'accès à la zone au moment même des coups de feu, etc. Au cours du débat ayant suivi cette diffusion, un ami intime de l'ancien Premier ministre, le journaliste Gérard Carreyrou, par ailleurs convaincu du suicide, s'étonne lui-même que pour faire taire la polémique, les autorités n'aient toujours pas publié les résultats de l'autopsie et de l'étude balistique.

 
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Rédigé par Blog90

Publié dans #Evènements90

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Ludo 03/02/2009 21:49

Peut-être qu'un jour, nous connaitrons la vérité.... peut-être !